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Un peu d’histoire…

La culture
Dossier


Les Thuléens, ancêtres directs des Inuits, ont graduellement occupé les territoires jadis foulés par leurs prédécesseurs, les Dorsétiens. Les Thuléens sont arrivés de l’Alaska il y a entre 800 et 600 ans. Ces nouveaux venus sont mieux adaptés à un environnement devenu rigoureux et moins stable. Leur outillage, composé essentiellement de pièces en os et en ivoire et d’outils en pierre polie, se caractérise par une forte spécialisation, propre à la chasse aux mammifères marins.
Ce n’est qu’après 1771 que la fin de la période thuléenne est reconnue en raison des contacts réguliers qui s’installent avec les Européens, en l’occurrence les missionnaires moraves.
Avant l’arrivée des Européens, un groupe d’Inuits appelés les Tarramiuts (gens du Nord) occupaient la côte sud du détroit d’Hudson, depuis Ivujivik jusqu’à Quaqtaq. La majorité d’entre eux vivait alors en petits groupes de 10 à 15 individus. Près de la moitié des Tarramiuts habitaient la région de Kangiqsujuaq, la partie de ce territoire la plus riche en ressources.
La région de Kangiqsujuaq s’étend de long de la côte sur une distance d’environ 75 km et, vers l’intérieur des terres, sur environ 120 km. Elle comprend une trentaine de rivières riches en poisson. Les Inuits de Kangiqsujuaq distinguent deux grandes zones à l’intérieur de leur territoire : Agguq (dans le vent) et Uqquq (à l’abri du vent).

Les familles des Tarramiuts vivaient traditionnellement dans des camps saisonniers, selon la disponibilité des mammifères marins, du gibier et du poisson. Pendant les mois d’hiver, plusieurs bâtissaient leurs igloos à l’opposé du vent, abrités par les péninsules rocheuses qui jalonnent la côte. Ces endroits offraient un accès permanent aux mammifères marins puisque le fort courant du détroit empêche l’eau de geler pendant l’hiver. Bien que les Tarramiuts vivaient en regroupements d’au plus cinq familles, on croit que la présence d’étrangers à la baie Stupart (Aniuvarjuaq) a contribué à l’augmentation de la population dans le secteur.

En 1773, le missionnaire Morave Jens Haven quitte le Labrador pour un voyage vers la baie d’Ungava. En se basant sur des informations transmises par son guide Inuit, il dresse un estimé de la population côtière à partir du nombre d’habitations. À l’époque, la presqu’île d’Aivirtuq, située à moins de 30 kms au sud de Kangiqsujuaq abrite près de 300 personnes, ce qui en fait le lieu le plus fréquenté sur la baie d’Ungava. Ce nombre élevé d’habitants est lié à des activités de chasse à la baleine boréale et au morse qui étaient abondants dans ce secteur. En 2008, Aivirtuq fut une fois de plus le théâtre d’une chasse à la baleine boréale, une première depuis plus d’un siècle.
L’histoire orale inuite et des témoignages documentés datant de 1860, racontent le décès de quelques-uns des naufragés du « Kitty », un navire de ravitaillement de la CBH, dans les environs d’Aivirtuq en 1859. On croit que cet événement a servi de base au célèbre roman de James Houston « The White Dawn » ainsi qu’à l’adaptation cinématographique du même nom.

Bien qu’il y ait eu des rencontres occasionnelles entre Inuits et baleiniers, le réel contact avec les Européens date de 1884 quand des membres de la Canadian Hudson Bay Expedition mirent en service une station météorologique d’observation des glaces à Aniuvarjuaq pendant une période de deux ans. Les Tarramiuts ont alors commencé la pratique de la traite avec le personnel de la station.

En 1897, une nouvelle expédition, menée cette fois par le capitaine William Wakeham, visant à déterminer les conditions de navigation du détroit, est à l’origine du toponyme anglophone de Kangiqsujuaq: Wakeham Bay.
Kangiqsujuaq fut aussi la « base C » de la Hudson Strait Expedition de 1927 à 1929. Deux avions de type Fokker Universal décollaient régulièrement de Kangiqsujuaq pour l’observation aérienne des glaces. Des avions similaires étaient basés à Killiniq (Port Burwell) et à Tutjat (Nottingham Island). Un des bâtiments construits pour cette expédition est toujours en service à Kangiqsujuaq; il s’agit de la mission catholique.
En 1910, la compagnie Revillon Frères ouvre un poste de traite, suivie quatre ans plus tard par la Compagnie de la Baie d’Hudson. En 1936, Revillon Frères ferme le poste mais la même année, une mission catholique est implantée. 
En 1960, la première école de Kangiqsujuaq est construite et un an plus tard, une infirmerie est ouverte. Le gouvernement fédéral fait pression pour que les familles vivant encore dans des camps s’établissent dans la communauté. Une église anglicane est érigée en 1963 et en 1970 les Inuits de Kangiqsujuaq (Kangiqsujuarmiut) fondent leur coopérative.
Kangiqsujuaq a été rebaptisée Saint-Anne-de-Maricourt par le gouvernement provincial en 1961. Devenue officiellement une municipalité en 1979, la communauté a alors repris son nom inuktitut original.